LA DENTELLE
(article envoyé par JP)
La dentelle est le résultat d'une combinaison de fils exécutée à l'aiguille ou aux fuseaux, à l'exclusion de tout autre procédé.On ne peut donc la confonde avec le filet ou le tulle brodés, le crochet, le macramé, la frivolité, le tricot, ni avec tout autre tissu présentant des ajourages plus ou moins grands, car ce n'est ni la légèreté ni le degré de transparence qui caractérisent la dentelle, mais uniquement les moyens mis en oeuvre pour sa fabrication.Une autre erreur consiste à faire remonter la dentelle à une époque fort ancienne. Certains auteurs, s'imaginant que cette ancienneté illusoire confère à la dentelle des titres de noblesse supplémentaires, l'assimilent volontiers à la broderie qui, elle, fut pratiquée de tout temps. D'autres enfin, lui attribuent une origine romanesque et légendaire. La dentelle n'apparaît que vers le milieu du XVIè siècle et dans le monde occidental. Elle est née d'un luxe nouveau issu de préoccupations d'hygiène et d'élégance, celui de la chemise de toile fine rendue apparente au cou, aux poignets et à travers les crevés qui, dans la mode nouvelle, sillonnaientl es habits.La chemise était coulissée à l'encolure, un galon de passementerie de métal ou de soie maintenant les fronces. On le remplaça rapidement par une passementerie de lin que l'on décousait et recousait plus facilement lors d'une lessive; c'est de lin aussi que les lingères fabriquèrent les glands, les cordelettes et d'autres menus agréments qui accompagnaient le linge. Peu à peu, les passements de lin prirent une importance grandissante. Ils ont d'abord eu l'aspect de galons étroits, puis, la mode étant aux dentelures destinées à garnir les fraises de plus en plus volumineuses de la fin du XVIè siècle et du début du XVIIè siècle, on les hérissa de pointes aiguës. Ces "passements dentelés" présentent une combinaison ininterrompue de tresses et de fils tordus deux à deux qui se croisent, se divisent et s'associent pour former un mince et souvent très élégant dessin géométrique.
En se raffinant, en se compliquant, les passements de lin qui s'exécutaient d'abord par les lingères, exigèrent une main-d'oeuvre spécialisée, de plus en plus experte, si bien qu'il n'est pas exagéré de dire que la dentellière est née de la pratique du métier. Après avoir été, pendant un temps relativement long, appelé "passement" et "passement à dentelles" en raison de son aspect particulier, le travail sorti de ses mains prit le nom de "dentelle", terme qui ne se généralisa que lorsque la "dentelle" se fit à bord droit ! Ce terme devrait uniquement désigner les ouvrages aux fuseaux, mais actuellement, il couvre toute la production dentellière quel qu'en soit le procédé de fabrication.
Quant au mot "point", il devrait logiquement s'appliquer aux seuls travaux à l'aiguille puisqu'il implique l'idée de piqûre et demeure, de ce fait, plus conforme à la technique.Les plus anciens passements exécutés par les lingères ne se différenciaient de la passementerie de métal ou de soie que par l'utilisation du lin blanc. L'ouvrière emprunta au passementier son outillage traditionnel. Il se composait essentiellement du coussin, des fuseaux et des épingles. Cet outillage est resté à peu près inchangé, particulièrement pour la fabrication des dentelles issues des anciens passements, c'est-à-dire pour celles qui, exécutées avec un nombre constant de fils, sont désignées sous le nom de "dentelles à fils continus".
Actuellement, dans nos provinces, le coussin ou carreau a l'aspect d'un petit pupitre carré rembourré et légèrement incliné. Il est souvent recouvert de toile bleue et, dans la partie inférieure, de toile cirée pour faciliter le maniement des fuseaux. Le piqué, c'est-à-dire le modèle percé de petits trous destiné à recevoir les épingles qui doivent guider et soutenir le travail, est attaché à la partie supérieure du carreau de même que les fuseaux qui, se maniant deux par deux, sont toujours en nombre pair. Les fuseaux servent de bobines et de contrepoids: en exerçant une certaine tension sur les fils, ils assurent la régularité du travail. Un petit tiroir placé à l'arrière du coussin reçoit la partie achevée de la dentelle.
Quand l'ouvrière a terminé l'exécution du ou des motifs rapportés sur son piqué et qui ne représente qu'une portion de son ouvrage, elle est obligée de détacher son travail et de le remonter pour pouvoir en poursuivre la fabrication, ce qui lui occasionne une grande perte de temps. Cet inconvénient lui est épargné en utilisant un autre type de coussin, peu commun dans notre pays et répandu surtout en Italie, où il est connu sous le nom de "tombolo". Il s'agit d'un coussin cylindrique pivotant autour d'un axe posé sur deux tourillons. Le piqué étant attaché sur cette sorte de manchon, le travail peut se poursuivre de façon ininterrompue puisque le piqué tourne au fur et à mesure de son avancement. Les dentelles à fils continus ne peuvent évidemment être exécutées que par une dentellière à la fois; elles sont relativement étroites, leur largeur dépend de la dimention du coussin et de la finesse du fil. Au plus cette finesse est grande, au plus le nombre de fuseaux doit être élevé, même pour une dentelle de faible largeur. Au siècle passé, les dentellières habiles plaçaient jusqu'à mille cinq cents fuseaux sur leur coussin; actuellement, on utilise encore parfois un nombre considérable de fuseaux. Il n'est pas difficile de reconnaître une dentelle à fils continus. Elle ne présente ni envers ni endroit; on peut, à la loupe, et même parfois à l'oeil nu, suivre le voyage des fils; puisqu'ils sont en nombre constant, on les voit très nettement passer du fond dans l'ornement et vice versa;
ces fils sont toujours parallèles et perpendiculaires à la lisière, ces directions peuvent être particulièrement bien observées dans les parties mates du décor exécuté en toilé. Parmis les dentelles aux fuseaux de ce premier type on peut citer: certaines dentelles de Flandres, les dentelles de Binche, de Valenciennes, de Malines, de Lille, de Chantilly, les blondes, les dentelles torchon, etc.
Chacune des espèce a, évidemment, ses particularités. A côté des dentelles aux fuseaux à fils continus qui poursuivirent leur destinée propre, un autre genre s'est élaboré au cours du XVIIè siècle. La fraise ayant été abandonnée, on vit apparaître, vers 1620-1630, un type de dentelle destiné à garnir les grands cols plats ou légèrement évasés pour les dames, que la mode du temps de Louis XIII a immortalisés. Ces dentelles destinées à être étalées sur la soie, le velours sombre ou l'armure ne pouvaient se contenter de l'aspect linéaire du passement de lin. Elles se présentent sous la forme de dentelures largement arrondies, portant chacune un ornement floral stylisé. Les fils ne se combinent plus en un léger filigrane, mais dessinent les lourds motifs en toilé d'un blanc mat, cernés par un mince ajour formé de fils tordus. L'aspect viril et corsé de ces dentelles convenait à la mode mi-mondaine, mi-millitaire de l'époque. Leur exécution réclamait de nouveaux procédés techniques. L'oeil le moins exercé devine que des fils doivent être ajoutés là où les formes s'étalent pour être ensuite supprimés quand elles se rétrécissent.
Afin de modeler l'ornement, l'ouvrière plaçait, dans le corps du motif, une ou plusieurs épingles supplémentaires portant chacune un fil à cheval terminé par une paire de fuseaux. Elle poursuivait son travail, coupant les fils ou en introduisant de nouveaux selon les exigeances du dessin, créant ainsi la technique des fils coupés. Les fils ne passant plus d'une forme à l'autre, comme dans les dentelles à fils continus, il fallut, pour joindre les différentes parties de l'ornement, recourir aux accrochages que l'on trouve déjà dans certains passements. Ce sont de petits noeuds coulants exécutés en bordure des motifs et destinés à unir un morceau en voie d'exécution à un autre complètement terminé.
La complexité du travail ne fit qu'augmenter dans le courant du XVIIè siècle lorsque, vers 1660, les dentelles de Flandres eurent à concurrencer les beaux points à l'aiguille que Venise avait mis au monde. Pour les imiter dans la technique du fuseau, on fut obligé de morceler le travail, d'exécuter séparément des portions du dessin et de les joindre ensuite par des brides ou des mailles aux fuseaux accrochés dans les petits trous laissés par les épingles lors de la confection des différents éléments du décor.Afin de faciliter le travail de l'ouvrière et afin aussi de ne pas compromettre la solidité de l'ensemble, on laissait souvent flotter, derrière les fleurs, les fils nécessaires à la confection des brides ou du réseau au lieu de les couper. Par conséquent, et contrairement aux dentelles à fils continus, les dentelles dites à pièces rapportées présentent un côté envers et un côté endroit. Il est donc aisé de les reconnaître. De plus, un examen minutieux d'une dentelle à pièces rapportées révèle surtout dans les parties mates faites en toilé, le voyage capricieux des fils qui ne sont presque plus jamais parallèles ni perpendiculaires à la lisière.
Afin de pouvoir diriger les fils de manière plus libre, on se sert, pour l'exécution d'une dentelle à pièces rapportées. d'un carreau circulaire pivotant sur un pied. Les fuseaux obéissant à la loi de la pesanteur, on peut, en faisant tourner le carreau, conduire aisément les fils dans n'importe quelle direction ce qui facilite et souvent seul permet la réalisation de certaines formes décoratives. Cette émancipation de la technique permet de réaliser des pièces de n'importe quelle forme et de dimension considérable, à condition de mettre à l'ouvrage un certain nombre de dentellières travaillant de façon rigoureusement identique; la diversité des mains s'effaçant pour sauvegarder l'anonymat de l'ensemble. Les dentelles à pièces rapportées les plus connues sont, outre certaines dentelles de Flandres déjà citées, les dentelles de Bruxelles du XVIIIè siècle, les dentelles de Milan, la Duchesse, la rosaline, etc.
Voyons maintenant, parallèlement à celle de la dentelle aux fuseaux, la genèse de la dentelle à l'aiguille.Toujours pour des raisons d'économie ménagère, au XVIè siècle, la broderie opaque de lin blanc était plus habituelle dans nos provinces que la broderie de couleur, familière à l'Allemagne et à l'Angleterre. Elle enrichissait certes la toile, mais ne lui donnait aucune légèreté, or, le goût, dans les objets de lingerie, s'orientait vers des effets de transparence. On s'ingénia donc à ajourer le tissu. On y réussit en tirant des fils et en assurant, à l'aide de l'aiguille, les fils restants, selon une technique bien connue, celle des fils tirés ou des points clairs. On pouvait, en les entortillant par un travail à l'aiguille, serrer de faibles portions de fils en petits faisceaux pour obtenir un ajourage géométrique. C'est le procédé des fils écartés qui, bien plus tard, au XVIIIè siècle, se mit au service de dessins extrêmement libres d'une grande beauté. On pouvait encore trouer la toile et consolider les bords de cet ajour assez grossier, on pouvait enfin tirer les fils dans les deux sens ou même couper carrément le tissu suivant la direction des fils de trame et des fils de chaîne en ménageant de minces cloisons de toile. Sur l'espèce de fenestrage ainsi obtenu, on jetait des croisillons de fils et on brodait l'ensemble de ce bâti après l'avoir consolidé. On obtenait ainsi un travail ajouré appelé "point coupé". La mode, nous l'avons vu à propos des passements, était aux dentelures. Après avoir dentelé le cuir et le drap, on voulut denteler les objets de lingerie. Mais l'ajourage de ces dentelures s'avérait impossible à pratiquer, car le tissu n'eût pas résisté au retrait à peu près total des fils dans les deux sens. Pour servir d'appui à un travail dessinant des dentelures, on eut l'ingénieuse idée de créer un bâti indépendant fait de fils couchés sur un parchemin.
Après avoir exécuté les enjolivements nécessaires à l'aiguille, l'ouvrage étant terminé, on le libérait de son support provisoire. C'est la plus ancienne forme de la dentelle à l'aiguille qui se distingue du point coupé par son indépendance absolue à l'égard de tout tissu de base. En effet, c'est la transformation radicale de la technique bien plus que leur aspect extérieur qui différencie le point coupé de la véritable dentelle à l'aiguille. Ce procédé nouveau de fabrication permettait une liberté absolue de dessin; mais celui-ci se modifia très lentement; il demeura longtemps figé dans la géométrie, les dentelures devant rester en harmonie de style avec le point coupé qu'elles complétaient.
En italien, le nouveau mode de travail fut désigné par l'expression imagée de"punto in aria" (point en l'air) mais en français, on lui réserva pendant longtemps l'ancien terme "point coupé".Pendant la première moitié du XVIIè siècle, l'aspect du point à l'aiguillese transforme sous l'impulsion de la mode. On doit à l'Italie, et tout particulièrement à Venise, de belles dentelles aux très larges dentelures décorées d'ornements floraux un peu grêles, oeillets, tulipes, passiflores, réunis par des brides souvent garnies de picots. C'est le pendant italien des dentelles deFlandres de l'époque Louis XIII qui, elles aussi, convenaient à merveilleaux costumes de l'époque.
Puis vient, vers 1660, l'éclatante réussite des gros points de Venise à bord droit garnis de rinceaux vigoureux, relevés de brodes épaisses et modelées. Traduites dans la technique des fuseaux en Flandres, ces dentelles furent imitées en France, sous Louis XIV, lors de l'établissement, par Colbert, en1665, des "Manufactures Royales des Poincts de France". La France, peu àpeu, se dégagea de ses modèles, elle acquit un style personnel qui se manifeste surtout au XVIIIè siècle, dans les fabriques d'Alençon et d'Argentan. La Belgique ne demeura pas étrangère à la production de la dentelle àl'aiguille.Elle connut le point coupé, elle fabriqua, au XVIIIè siècle, des points à l'aiguille extrèmement légers et triompha au XIXè siècle avec le point de gaze.
Depuis le jour où une dentellière particulièrement industrieuse substitua à la toile, un bâti indépendant, le procédé de fabrication d'une dentelle à l'aiguilleest resté, dans ses grandes lignes, identique.Voyons comment on procède: L'ouvrière utilise un parchemin ou un papier fort doublé de deux épaisseurs de tissu. Le modèle est reporté sur ce papier; la dentellière couche très soigneusement une mince mèche de fils sur les lignes du dessin et la fixe au moyen de points à cheval qui traverse les papiers et les tissus.C'est la trace, c'est-à-dire le bâti qui lui permettra, en accrochant des rangs de bouclettes d'exécuter le modèle. Elle fixe la première rangée de bouclettes à la trace, quand elle l'a terminée, avant de commencer une nouvelle rangée, elle pique l'aiguille dans la trace qui sert de support à son travail. Elle varie la nature des bouclettes suivant qu'elle doit donner à son travail un aspect plus ou moins léger; elle les espace parfois pour créer des ajourages, enfin, elle dessine à l'aiguille, les modes, c'est-à-dire de petites formes, ronds, hexagones, étoiles qui ajoutent un caractère précieux à l'ensemble.Il reste souvent à parfaire le travail en cernant les contours par un relief, ou brode. Pour l'exécuter, l'ouvrière conduit une nouvelle mèche de fils qu'elle recouvre entièrement de points de boutonnière. Tout étant achevé, elle libère la dentelle en écartant les deux doublures pour faire sauter les fils qui retiennent la trace.Quand il s'agit de grandes pièces telles que des écharpes, des robes, des volants, des corsages, le travail est divisé et réparti entre un nombre plus ou moins grand d'ouvrières; puis, tous les morceaux sont réunis et joints de manière invisible.
Chaque dentellière a sa spécialité, aussi un même morceau passe-t-il par plusieurs mains, et chaque genre de dentelle a ses procédés particuliers de fabrication. Dentelle d'application et dentelles mélangées
Au XVIIIè siècle Bruxelles avait créé un réseau aux fuseaux d'une impondérable légèreté qui fit sa fortune: c'est le drochel. On l'utilisait suivant la méthode des pièces rapportées et il convenait particulièrement au décordélicat du style Louis XV. Les formes du style Louis XVI et du directoires'étant encore amenuisées, il devint impossible impossible d'accrocher le réseau au pour tour des motifs. On recourut alors à une méthode spéciale dite application, méthode dont Bruxelles conserva le monopole.L'application se définit par elle-même; cette façon de procéder consiste à fabriquer d'une part la nappe de reseau drochel, et d'autre part, les ornements (parfois appelés "figures") destinés à la décorer. Ceux-ci peuvent être réalisés aux fuseaux (selon la technique des fils coupés), ou à l'aiguille. La fabrication d'une grande surface de réseau drochel est une opération très délicate. Chaque maille de ce réseau dessine un petit hexagone dont les deux longs côtés sont formés d'une tresse de quatre fils et les petits côtés defils tordus deux à deux. Il s'exécute sous forme de bandes de 2 à 3 centimètresde largeur réunies par un point absolument invisible dans les pièces soignées. Pour les dentelles de grandes dimensions, la fabrication de ce réseau est évidemment répartie entre un nombre plus ou moins élevé d'ouvrières qui doivent obligatoirement avoir toutes "la mème main". Le réseau étant achevéony fixe les éléments du décor soit en les cousant, soit en les collant à l'aide d'un produit dont on a perdu le secret et qui laissait toute sa souplesseà la dentelle. En 1809, l'Anglais Heathcoat découvrit la fabrication du tulle mécanique qui se fabrique 6,000 fois plus vite que le réseau fait àla main.Cet avantage qui eut évidemment une forte incidence sur le prix, joint à lafaveur dont on entoure toute nouveauté, détrôna, en partie, le réseaudrochelqui fut réservé aux pièces de première qualité. Avec l'invention du tulle, commence le règne de la dentelle mécanique.
Au XVIIIè siècle déjà, on trouve des dentelles mélangées, alliant la technique de l'aiguille à celle des fuseaux. Les plus précieuses dentelles de Bruxelles de cette époque sont souvent agrémentées de petits détails en point àl'aiguille.
Aux XIX - XXè siècles, la "Duchesse de Bruxelles" allie des fleurages assez lourds aux fuseaux à des médaillons exécutés en point de gaze; l'alliance de ces deux techniques est plus ou moins heureuse.On pourrait encore citer d'autres exemples de "dentelles mélangées"; le XIXè siècle et le début du siècle présent, à bout d'inspiration vraiment créatrice, ayant cultivé les réminiscences et la confusion des genres.Faire la distinction entre les dentelles à l'aiguille et les dentelles aux fuseaux, parmis ces dernières, reconnaître le métier à fils continus et la technique à pièces rapportées, telle est la base de toute étude de la dentelle.L'aspect esthétique, en relation étroite avec la technique, mérite qu'on s'y attache.
En général, l'ornement suit l'évolution des grands styles décoratifs et s'accorde aux toilettes du temps, provoquant, nous l'avons rapidement vu - en évoquant les dentelles de l'époque Louis XIII et de la période suivante- des adaptations techniques fertiles en conséquences. Les différentes parties du décor peuvent être juxtaposées, se toucher, sans qu'intervienne un fond quelconque. Cette disposition fait valoir les dessins à grande échelle auxquels conviennent également les brides aux fuseaux ou à l'aiguille.
Les brides sont des barrettes, parfois disposées en ordre régulier. Le réseau est un ensemble de mailles souvent très fines, aux fuseaux ou à l'aiguille, il estompe l'ornementation, mais lui donne un caractère plus précieux. Les brides furent surtout employées à l'époque baroque (point de Venise, point deFrance,dentelle de Flandres). Dans le courant du XVIIIè siècle, on les abandonna au profit du réseau plus vaporeux qui se mariait élégamment à un dessin capricieux d'échelle réduite et à la manière séduisante de porter les dentelles froncées et chiffonnées. C'est le réseau drochel aux fuseaux qui fit aussila fortune de la fabrique de Bruxelles sous l'Empire. Transparent et fluide, portant une ornementation légère, il accompagnait très heureusement les longues tuniquesque la manie de l'antiquité avait mises à la mode. Ce texte est tiré du livre: "Qu'est-ce qu'une dentelle ?" de M.Risselin-Steenebrugen.
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